OTAN

L’OTAN et la région arctique, concilier l’invi­sibilité politique et l’efficacité opérationnelle

Ce premier développement synthétise la vision de l’équipe de l’Observatoire de l’actuel traitement de la question arctique au sein de l’OTAN.

Le temps révolu de la Guerre froide n’a pas effacé des réflexes stratégiques parmi les membres de l’Alliance, surtout quand l’Histoire donne l’impres­sion de se répéter. Le traitement de la question arctique en est une illustration. Cette impression de « déjà vu » concerne essentiellement les États arctiques européens, face aux comportements de la Russie sur zone et ailleurs dans son « étranger proche ». Il existe un déphasage stratégique, à savoir : une différence de phase1Par analogie à son sens en électricité, différence des directions prises par les États membres et les nécessités stratégiques sur la question arctique, au sein d’un dispositif par nature polyphasé qu’est l’Alliance et ses structures. entre ce qu’est la question arctique au regard de l’environnement régional et international y compris sous les questions sécuritaires, et son traitement actuel au sein de l’OTAN. Ce décalage s’explique par une déformation de la perception de la menace qui coïncide avec une crise existentielle de l’Organisation. Une telle dissonance masque cependant de réelles opportunités techniques – peut-être politiques – qui, si saisies, conforteraient l’Alliance comme un acteur pivot2Par analogie au Basket Ball, le pivot n’est pas nécessairement celui qui est en avant, mais souvent décisif. Joueur le plus grand et le plus lourd (29 membres, Article 5), donc le plus lent (unanimité au Conseil de l’Atlantique), il est toujours celui doit être sur tous les coups parce que pas le plus habile. Sa masse et sa taille imposantes dissuadent, mais pour ce qui est des récupérations, elles sont un handicap parce qu’il est souvent dos à l’objectif..

Cette interprétation est la plus audible auprès des autres États membres parce qu’elle s’inscrit dans des relations politiques tendues avec la Russie, surtout depuis les présidences de Georges W. Bush et de Vladimir Poutine, réalimentées par les évènements en Ukraine.

Or, ce prisme « politico-émotionnel » occulte les réels défis d’une otanisation de la question arctique : la diversité des postures nationales3Le plus allant des Alliés européens, la Norvège, dispose d’un relais médiatique et d’influence d’importance, le Secrétaire Général Jens Stoltenberg, ancien chef de gouvernement ayant défendu des positions « pour plus d’OTAN » en Arctique entre 2005 et 2013. ; la nature des missions potentielles à la lumière du critère cardinal de la valeur ajoutée réelle de l’Organisation ; l’état réel des capacités pertinentes nationales pour conduire ces missions. Souvent liés aux questions existentielles depuis 1991 de l’OTAN, ces défis s’inscrivent dans des problématiques plus générales soulevées en son sein. Le souhait d’otaniser le dossier arctique ne fait que révéler des lacunes capacitaires nationales ou des divergences politiques entre alliés suivant la tendance « mutualisation des problèmes, individualisation des gains ».

Les volontés de « mutualiser les difficultés » en arctique posent la question de la nature collective des enjeux dans cette partie du globe.  Si cette réponse collective est possible, une autre interrogation, capacitaire, vient à l’esprit sur l’aptitude de ce collectif à assumer matériellement une participation effectivement sur zone. Sinon, comment penser une mutualisation partielle – nordique, européenne, etc. ?

Le soupçon d’une volonté d’« individualisation des profits » renvoie tout d’abord aux manquements quant aux obligations budgétaires et leurs traductions capacitaires minimales. Il concerne, ensuite, la question de ceux qui n’ont rien à mutualiser sur ce dossier arctique en particulier, mais qui veulent en tirer les dividendes optimaux avec un investissement politique et matériel nul.

En parallèle de ce qui peut être qualifié de « mythologie » d’une Alliance au cœur d’une gouvernance commune politico-stratégique, se posent de vraies questions dans cette partie du monde dont une fraction de la réponse se trouve peut-être au sein des structures de l’OTAN. Les réels apports sont souvent de nature plus techniques pour des missions essentiellement de soutien, matériel et immatériel. L’OTAN permettrait de réaliser « une mutualisation des difficultés et des profits ».

Une clarification des actions potentielles de l’Alliance réside dans la nature de celle-ci et ses atouts après identification des missions réellement à valeur ajoutée. Il est à noter qu’une complémentarité avec l’Union européenne doit être recherchée et toute duplication de structures doit être évitée.

Un certain nombre d’activités et d’acteurs, étatiques ou non, est actuellement motivé par le réchauffement climatique et conduit à considérer cette zone du globe comme « stratégique » :

  • Modification des équilibres écologiques avec d’importantes implications pour les communautés locales ;
  • Un accès facilité (ce qui ne veut pas dire facile) à des ressources naturelles, énergéti­ques et minérales présentées comme « abon­dantes » ;
  • L’exploitation de voies de communication maritime potentiellement intéressantes.

Ces activités conduisent à prendre en considération des risques qui sollicitent des capacités et des savoir-faire détenus par les États arctiques et par quelques autres États membres de l’OTAN. Par ailleurs, l’OTAN en tant que système communautaire de dé­cision et d’action ne peut politiquement « s’auto­saisir ». Ces questions arctiques sous l’angle OTAN sont circonscrites aux besoins nationaux afin de parer aux risques environnementaux et leurs conséquences, et dans l’optique d’une sollicitation accrue des capacités de recherche et de sauvetage. Une première mission de l’OTAN serait un soutien à la connaissance approfondie et à la mise à jour du dossier du Grand Nord. L’Alliance dispose d’un certain nombre de capacités en devenir (par exemple Alliance Ground Surveillance SystemAGS) qui peuvent être employées dans certaines missions de surveillance et de collecte d’information dans un but non nécessairement militaire.

Sous l’angle capacitaire, le niveau bas des dépenses de défense rend difficile la planification militaire non-offensive à long terme. Certains programmes et structures de l’Alliance peuvent jouer un rôle intégrateur de programmes ou d’initiatives nordiques comme NORDEFCO (Développement Stratégique, Capacités « Molles », Ressources Humaines et Formation, Exercices et Entraînements, Opérations Côtières et en Mer). L’accent mis sur les partenaires européens nordiques découle de la gestion continentale en Amérique du Nord au sein du NORAD de la dimension sécuritaire des questions arctiques. Tirant les leçons du NORAD, il peut être proposé la mise en place d’un dispositif similaire en Europe. Certaines structures otaniennes peuvent jouer le rôle de catalyseur vers l’émergence d’un Northern European Aerospace Defense (NEAD), ce qui permet de contourner les blocages politiques identifiés plus haut. Une telle option sera suivie dans le cadre de l’Obser­vatoire à la lumière des RETEX du NORAD.

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1. Par analogie à son sens en électricité, différence des directions prises par les États membres et les nécessités stratégiques sur la question arctique, au sein d’un dispositif par nature polyphasé qu’est l’Alliance et ses structures.
2. Par analogie au Basket Ball, le pivot n’est pas nécessairement celui qui est en avant, mais souvent décisif. Joueur le plus grand et le plus lourd (29 membres, Article 5), donc le plus lent (unanimité au Conseil de l’Atlantique), il est toujours celui doit être sur tous les coups parce que pas le plus habile. Sa masse et sa taille imposantes dissuadent, mais pour ce qui est des récupérations, elles sont un handicap parce qu’il est souvent dos à l’objectif.
3. Le plus allant des Alliés européens, la Norvège, dispose d’un relais médiatique et d’influence d’importance, le Secrétaire Général Jens Stoltenberg, ancien chef de gouvernement ayant défendu des positions « pour plus d’OTAN » en Arctique entre 2005 et 2013.